L’Etat ne peut plus promouvoir la croissance sans réduire la sienne

Face aux niveaux d’endettement publics atteints, la croissance doit nécessairement se conjuguer avec rigueur budgétaire, arrêtons d’opposer ce qui peut et doit être vertueux. Ce ne sont pas les « efforts » des Français qui doivent se plier aux réformes ou à la rigueur, ce sont les réformes et la rigueur qui doivent se mettre au service de la croissance, et donc des Français. Parlons bénéfices ! Qui vend un produit en vantant ses défauts ?

Nous apprenons tous les jours que tout le monde, le gouvernement, les politiques, les syndicats, les entrepreneurs … est pour la croissance, sans blague ?, mais so what ? Tout le monde est pour le beau temps et la croissance, même les plus rigoureux partisans de l’orthodoxie budgétaire, qui justement la posent comme une condition sine qua none de la reprise, ou du moins de la réduction à terme du risque de récession durable, ou de croissance molle durable.

Aujourd’hui, ce qui semble durable, ce n’est pas le développement, mais la croissance molle.

Alors la croissance, oui bien sur, mais comment et laquelle ?

La recherche de croissance est devenue une quête du Graal, une incantation présidentielle, une prière laïque et républicaine. On en appelle à la croissance comme d’autres exhortaient les Dieux à leur venir en aide.  

Depuis 50 ans, nous connaissons une baisse tendancielle de notre taux de croissance : en moyenne par décennie :

  • 5,9% dans les années 60 (ah les sixties !)
  • 4,1% dans les années 70
  • 2,3% dans les années 80
  • 1,9% dans les années 90
  • 1,4% pour les années 2000
  • entre 0,5 et 1% pour les années 2010

croissance par décennie_ncc 2014

Les dernières années où la France a connue une croissance que nous pouvons considérer comme significative et structurellement impactante, c’est-à-dire au dessus de 3%, ce sont les années 98, 99 et 2000 (respectivement 3,4%, 3,3% et 3,7%, ce dont nous rêvons aujourd’hui). Et depuis 30 ans, seules deux années ont dépassé le cap des 4% de croissance: 1988 (4,7%) et 1989 (4,2%).

Aujourd’hui, il paraît bien difficile de dépasser une fourchette située au mieux entre 1,5% et 2%, et dans la réalité, nous ne réussissons pas à déplafonner les 1%, une performance très insuffisante pour peser sur les grands indicateurs sociaux et macroéconomiques (chômage, pouvoir d’achat, compétitivité, export, innovation, etc.)

Une croissance tendanciellement en décroissance donc, mais face à un endettement public qui lui est en croissance, et même en pleine forme. Surtout, au delà de son évolution (+50% entre 2007 et 2011), et de sa valeur absolue (2 000 milliards de dette publique), il a dépassé le seuil d’alerte. Un seuil qui entraine une spirale de l’endettement public car désormais chaque année la France va devoir rembourser entre 200 et 250 milliards d’euros, soit presque le budget annuel de l’Etat (290 milliards). Une France qui doit non seulement rembourser mais également emprunter encore et toujours, devenant le premier pays émetteur de dette en euros (dépassant l’Allemagne).

Ce taux de quasi 100% de dette est important au delà des dogmes et des théories: deux chercheurs américains (Reinhart et Rogoff dans l’ouvrage « This Time Is Different ») ont montré empiriquement et historiquement qu’un tel niveau était systématiquement nuisible à la croissance, provoquant un manque à gagner de 0,5 à un point de croissance.

La relation entre endettement et croissance n’est donc visiblement, ni linéaire (cela dépend du taux d’endettement) ni symétrique : l’endettement en effet semble profiter davantage de la croissance, avec une réduction en % du Pib (pas en valeur absolue) dans les années de croissance soutenue (99, 2000, 2001 puis 2006, 2007 par exemple), que la croissance ne semble profiter de l’endettement. D’ailleurs les Français ne se trompent dans ce rapport de cause à effet, considérant souvent lorsqu’ils sont interrogés sur le sujet qu’il faut baisser les dépenses de l’Etat pour favoriser la croissance.

Et au delà des approches économiques, l’opinion publique est anxieuse des cas européens dramatiques et dramatiquement exposés depuis quelques années, et fait des rêves schizophréniques d’Etat providence dont elle sait qu’il ne l’est plus (ni dans les idées ni dans les moyens).

Nous sommes aussi collectivement parfaitement conscients des contraintes économiques, et notamment budgétaires, considérant que l’Etat, rattrapé par ces contraintes, n’est plus véritablement en capacité d’agir sur les choses. Un Etat qui n’est d’ailleurs ni innovant, ni leader, ni force de proposition (ou plus exactement de solutions), comme l’a montré une campagne présidentielle 2012 de rejet davantage que de projet.

Tel un médecin en défaut de traitement, le politique minimise les maux qu’il ne peut plus et ne sait plus panser. Le déni de réalité est plus exactement un déni psychologique.

L’essentiel de l’action politique consiste désormais à osciller telle une boule de flipper folle entre 3 vieux démons: la méthode Coué (la reprise est là, la courbe du chômage sa s’inverser, …), la chasse aux boucs émissaires (finance mondiale, précédents gouvernements, Europe, dumping social, patrons …) et la politique de l’autruche (quelle crise ?, nous sommes moins touchés que les autres …).

Pour la première fois, le tout puissant leader politique (depuis qu’il est élu des Dieux ou des suffrages) est impuissant à agir sur les choses, le ressent, et peine à s’adapter (préformatage de la pensée politique). Le peuple quant à lui, administrés, ou plutôt vassaux de la République, soi-disant impuissant ayant vocation à se soumettre aux lumières de ses dirigeants, ressent cette nouvelle incapacité politique, perçoit ses nouveaux « pouvoirs » (consomm’acteurs, médias, citoyens …) et se rêve en Moi-Providence, ce qui explique l’émergence de toutes les initiatives individuelles et citoyennes.    

Les Français sont désormais des déçus chroniques de la politique, comme du reste d’ailleurs. On nous dit champions du monde du pessimisme, nous le sommes aussi de l’incrédulité (nous ne croyons pas à la fin du monde). C’est bien, même s’il serait surtout enthousiasmant de croire davantage au nouveau monde que de défier l’apocalypse.

Une réflexion sur “L’Etat ne peut plus promouvoir la croissance sans réduire la sienne

  1. Pingback: 2000 milliards d’euros !! Mais pour quoi faire ? | NewCorp Conseil

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