Si vous voulez de la croissance, créez-la !

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La crise longue que nous connaissons marque un changement d’époque et l’occasion de réinventer de nouveaux modèles.

Cette époque est décidément exceptionnelle. Une époque de révélation d’une transition obligatoire, sans cesse repoussée, déniée psychologiquement tant, bien sûr, l’après reste incertain, car l’après est simplement à inventer. Comme toujours, on voudrait que le monde change… pour les autres, tant nous sommes a priori convaincus que le changement est synonyme de pertes: de confort, de pouvoir d’achat, d’habitudes, d’acquis. Tout au contrainte, ce changement devrait être aspirationnel, souhaité, riche de sens, rupturiste, étonnant, provoquant. Le changement attendu n’est pas celui d’un homme mais d’un système, d’un paradigme.

Il ne peut y avoir de changement sans projet.

Et ce projet ne s’appelle pas « réformes », le mot sans doute le plus utilisé depuis 10 ans, alors que c’est sans doute le mot le plus affreux et le moins sexy possible, un mot à bannir. « Réformer » signifie privations alors qu’il devrait évoquer bénéfices, « réformer » repousse lorsqu’il faut embarquer. « Réformer l’Etat », « réformer nos institutions » … est un jargon technocratique ! vide, glacial et imperméable !

Nous devons ré-inventer plus que réformer.

Davantage encore qu’en 2008 et sa crise financière, que l’on a cru pouvoir noyer sous des Canadairs de liquidités sans pour autant en éteindre les braises ou condamner les pyromanes, nous vivons des années charnières, une époque pivot. C’est l’époque de la prise de conscience systémique, du besoin profond de changement de paradigme, de modèle. Fukushima traduit le risque environnemental en risque sanitaire, économique et énergétique, le printemps arabe renverse les dictatures, les États sont au bord du dépôt de bilan, la crise grecque remet en cause 50 ans de construction européenne, la panne de croissance et le chômage structurel alimentent un omniprésent sentiment de défiance et d’irrespect. La croissance (le seul carburant connu à ce jour du modèle) hoquette (en Europe) comme un moteur au bord de la panne sèche … une époque schumpétérienne de destruction créatrice … qui doit être créatrice.

Les opinions publiques n’arrêtent pas de dire dans les enquêtes de toutes sortes qu’elles ne font confiance qu’à elles-mêmes, que les citoyens sont les premiers acteurs du changement, que leurs comportements dictent les choses, qu’ils savent mieux que l’État … alors qu’ils le prouvent ! Tant mieux si les leaders politiques et économiques font face aux difficultés et s’investissent pleinement dans leur mission, c’est bien le moins qu’on attend d’eux, mais que cela n’empêche pas chacun de prendre ses responsabilités individuelles. C’est valable tout aussi bien pour le citoyen, le consommateur, le salarié, l’élu, l’entrepreneur ou qui que vous soyez.

L’avenir est à réinventer, il est à entreprendre, et même surtout à co-entreprendre.

Car c’est un autre enseignement flagrant de notre époque : tout est lié, évidemment. Nos économies, nos relations commerciales, notre environnement écologique, nos revendications sociales et démocratiques, notre moral et notre compte en banque …

Nous vivons sur une planète poreuse, où les frontières sont en voie de disparition.

Le fameux découplage évoqué entre les États-Unis et la Chine au début de la crise financière n’a pas eu lieu. A travers nos économies connectées, ces découplages horizontaux n’existent pas, même si parfois nous rêvons de découplage vertical. Ce découplage vertical, c’est celui de nos sphères micro-économiques vis à vis des grands écosystèmes macro-économiques, c’est le sentiment, l’illusion, la prétention peut-être, de pouvoir vivre autre chose, autrement, épargné, vivre différemment de l’image globale renvoyée tous les jours. Ce découplage vertical, c’est le souhait de s’en sortir, de vivre dans un monde parallèle, dans son monde parallèle. C’est aussi la volonté de continuer à entreprendre, à initier, à inventer, à ré-inventer, à ne pas dépendre d’un réamorçage par le haut qui ne sait plus, par la dépense publique qui n’est plus. Relancer, recréer de l’intérieur, par l’innovation et le dynamisme entrepreneurial. Si vous voulez de la croissance, créez-la ! Si vous voulez un nouveau modèle, inventez-le ! Si vous voulez des entreprises plus respectueuses du social et de l’environnement, agissez autrement et dictez vos conditions !

Si la dépense publique a peut-être amorti la crise en France, représentant 56% de notre PIB, elle ne créera pas la reprise, c’est un amortisseur qui ne rebondit pas.

La crise des dettes publiques, c’est aussi l’hallali des États providence. Cette assistance publique de l’économie est à bout de souffle, à bout d’idées, à bout d’argent. C’est donc bien du marché, accusé du pire, que doit aussi venir le meilleur, la création de richesse si indispensable à la redistribution souhaitable et nécessaire, avec en plus la nécessité de créer une richesse d’une autre nature, durable et non plus sélective et exclusive.

La croissance a longtemps été considérée comme un facteur de progrès, elle est devenue synonyme de destruction, environnementale et sociale. Parallèlement le progrès est devenu davantage technologique que social.

L’enjeu des prochaines années ne sera pas de préserver les business modèles anciens, mais de laisser les nouveaux se révéler et se développer.

Quand tant d’entreprises se félicitent souvent d’être centenaires, il faut aussi encourager la création et le développement de nouvelles. Quand aucune n’a moins de 30 ans dans le top 100 français, c’est le cas des deux tiers aux États-Unis. En 2011 j’ai créé mon entreprise, comme il s’en crée environ une par minute en France (gardez ce point de repère), pour représenter une entreprise de moins de 20 salariés … comme 97% des entreprises en France (autre point de repère souvent méconnu).

Comme les quelques entreprises qui sont nées pendant que vous lisiez cet article, souhaitons-leur chance et succès, qui sera inévitablement collectif. Ces derniers temps, les Français s’enorgueillissent d’une très bonne vitalité démographique, tant mieux, ils doivent aussi démontrer leur vigueur économique et entrepreneuriale, sans viagra public, en rupture de stock.

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Première édition: novembre 2011 (!!)

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