Congrès EELV : le bilan politique miné par le dogmatisme et les calculs personnels

Rassemblés ce week-end à Caen, les membres d’Europe Ecologie-Les Verts ont pour mission de mettre un terme aux divisions qui handicapent le parti.

EELV

Atlantico : Le Congrès d’Europe-Ecologie-Les Verts se tient à Caen ce week-end. La motion « Pour un cap écologiste » soutenue par Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé, les grands manœuvriers d’Europe Ecologie-Les Verts, est arrivée en tête au premier tour, mais les six autres motions souhaitent un renouvellement de la direction. « La firme » Duflot-Placé dénoncée par Noël Mamère, qui a claqué la porte du parti, est de plus en plus contestée en interne. Quel est le bilan de la stratégie Duflot-Placé à la tête d’EELV ? La greffe entre EELV et les Verts a-t-elle pris ?

Alain Renaudin : Il ne faut pas oublier que le mariage entre Europe Ecologie et les Verts est tout sauf un mariage d’amour. C’est un mariage de raison, ou plutôt d’intérêt, de calcul politique, excité par le score historique réalisé lors des élections européennes de 2009 : 16,3%, le meilleur jamais réalisé par une liste écologiste lors d’élections européennes. A l’initiative, et sous le leadership, de Daniel Cohn-Bendit, Europe Ecologie réitèrera une belle performance lors des régionales de 2010, avec 12,2% des suffrages. Europe Ecologie-Les Verts, c’est un assemblage en quête d’audience électorale, et c’est tout le problème de ce parti politique, à géométrie et à leadership variables, de circonstances, qui cède souvent son indépendance au profit d’alliances visant à garantir des sièges, des postes et des fonctions. Des petits accords entre amis (par tant que ça) qui feront basculer le Sénat en 2011, au profit du PS davantage qu’au profit de l’écologie. Ce reniement atteindra son paroxysme lors de l’élection présidentielle de 2012 lorsque la candidate officielle ne sera même pas soutenue par son propre parti (et ses dirigeants), qui lui aura préféré des arrangements de coulisses garantissant le confort de quelques postes ministériels. Eva Joly, sans doute pas la meilleure candidate, et abandonnée en rase campagne, viendra s’effondrer à 2,3%.

Dès lors, ce parti est en instabilité permanente. Peu de leaders naturels, se plaçant lui-même en situation de dépendance du PS, privilégiant le pouvoir aux convictions, les dorures républicaines aux visions stratégiques, ce parti manque d’âme, pour ne pas dire autre chose. Un parti qui réussit le tour de force de ne pas être au rendez-vous que lui offre notre époque, pour nous offrir un formidable nouveau projet de société, où l’environnement n’est plus une contrainte mais une force, une opportunité. Un parti qui réussit à gâcher la cause environnementale, à la discréditer au moment où elle est si essentielle.

Atlantico: Leur volonté d’arrimer le parti écologiste à la majorité s’est-elle avérée payante ? Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé ont-ils finalement privilégié leurs carrières personnelles au détriment de la cohésion du parti ? Comment ont-ils pu ainsi prendre en otage le parti ?

AR: EELV a préféré l’égologie à l’écologie. C’est un mauvais choix. S’il y a bien une cause qui devrait rassembler, qui pourrait offrir une nouvelle vision à la fois de la politique et de l’économie, c’est la cause environnementale. EELV doit se recentrer sur sa vision de la société, sur le nouveau modèle à proposer. La question ne doit pas être de savoir si la présence au gouvernement est utile ou non, mais de voir comment servir au mieux l’écologie et quel projet ce parti politique propose. Ces ambitions personnelles et carriéristes, et cette course à l’audience politique nuisent à l’audience environnementale, EELV et ses dirigeants en portent la responsabilité. Une responsabilité d’autant plus grande que le rendez-vous est historique. L’enjeu, c’est de ré-intéresser à l’environnement, de ré-enchanter l’environnement, d’en faire un projet de société, projet dont nous manquons cruellement. Aujourd’hui tout converge pour cela: greentechnologies, chimie verte, biomimétisme, énergies renouvelables, économie circulaire, biomatériaux… EELV a dans son objet même une opportunité exceptionnelle, gâchée par le dogmatisme, les œillères partisanes et les petits calculs personnels.

Atlantico: Avec des résultats catastrophiques à la présidentielle et des cadres qui quittent le navire, EELV est-il tout simplement en train d’imploser ? Quel peut être l’avenir d’EELV dans ce contexte ?

AR: EELV devrait sortir du gouvernement, de ses alliances stériles avec le Parti Socialiste, assumer son indépendance et sa liberté, remettre l’environnement au cœur de ses réflexions, proposer un nouveau projet de société où écologie et économie sont non seulement réconciliées mais profitables, et tout miser sur l’Europe. D’abord parce que les élections européennes, c’est le meilleur terrain de jeu pour un parti écologiste. La « distance » européenne sert favorablement ces partis qui ne sont pas jugés comme des partis de gouvernement, mais donne davantage d’influence. L’élection européenne permet alors aux électeurs de soutenir une cause environnementale qui les interpelle, sans pour autant remettre en cause leur soutien aux camps politiques traditionnels lors des scrutins territoriaux. Ensuite, l’Europe, c’est le meilleur endroit où l’écologie doit et peut faire son lobbying. La politique européenne est en effet le levier le plus puissant pour donner une direction écologique et dans certains cas l’imposer sur des gouvernements nationaux dans lesquels la sensibilité écologique ne sera jamais majoritaire, il faut être honnête et pragmatique. L’utilité politique en matière écologique, ce n’est pas un ou deux ministres dans un gouvernement dont ils ne dictent pas la politique, c’est de peser en Europe. Le territoire européen, c’est aussi le territoire logique d’enjeux environnementaux qui ignorent les frontières et qui ne progresseront pas sous l’impulsion de pays isolés. Ces enjeux sont des enjeux internationaux, nous n’avons que faire de partis écologistes nationaux, minoritaires, dogmatiques et dépendants.

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