Création d’entreprises: ne tirez pas sur l’ambulance !

MAJ 23/07/13.

La France reste une terre d’entrepreneurs, mais une terre fragile, qui doit être préservée, idéalement développée, avec la plus grande attention. Remettre en cause le statut d’auto-entrepreneur c’est envoyer un mauvais signal sur la création toute entière.

Contrairement aux apparences médiatiques, « les entreprises » ne sont pas les mastodontes internationaux dont on parle à longueur de JT, mais celles à côté de chez nous, du coin de la rue, aux quatre coins de la France. Il ne s’agit pas non plus d’une poignée mais de millions : 97% des 2 millions et demi d’entreprises (hors agriculture) comptent moins de 20 salariés. Les « PME » (entre 20 et 250 salariés) sont, elles, environ 80 000.

L’Allemagne en compte le double, qui sont aussi beaucoup plus exportatrices que leurs homologues françaises (en outre, indépendamment de la comparaison avec l’Allemagne, les entreprises françaises exportent moins que la moyenne européenne). Quant aux « grandes entreprises », nous en comptons un peu moins de 5 000, et parmi elles de très grands leaders mondiaux enviés par beaucoup (en partie par l’Allemagne cette fois-ci), dont nous pouvons être fiers.

S’il est nécessaire d’étoffer le tissu des PME (leur poids, leur nombre, leurs exportations), de mieux utiliser les grandes entreprises comme des locomotives (notamment en partenariat et portage avec de plus petites), tout en réduisant les risques sociaux liés à leurs restructurations parfois nécessaires, il est aussi nécessaire et vital d’entretenir et de développer l’esprit d’entreprendre et la création d’entreprises. 550 000 entreprises ont été créées en 2012, exactement à hauteur de 2011, soit 12% de moins qu’en 2010 (qui était certes une année record avec 620 000 créations). 2011 était la première année de baisse depuis le début du siècle, 2012 a tout juste réussie à se maintenir à flot versus 2011, ce qui ne sera sans doute pas le cas de 2013 qui devrait connaître une baisse de la création. En effet, au bilan du 1er semestre, la tendance est à -3,7% versus le premier semestre 2012. C’est même le plus faible premier semestre de création depuis la mise en place du statut de l’auto-entrepreneur en 2009.

Un maintien de la création donc très fragile, surtout qu’il est pour moitié constitué par la création d’auto-entreprises, dont le statut est remis en cause depuis plusieurs mois. Cette proportion de plus de 50% d’auto-entrepreneurs n’est pas nouvelle, elle est observée depuis le lancement de ce statut particulier début 2009, qui a immédiatement connu un grand succès auprès des Français, et qui a permis de plus que doubler le nombre de créations d’entreprises en France (en moyenne 260 000/an de 2000 à 2008 ; 575 000/an en moyenne sur 2009/2012). Mais les dernières remises en cause du statut semblent refroidir les envies de créations qui ont reculé de -12% entre le premier semestre 2013 et celui de 2012, pour se situer à un plus bas depuis 2009. Une partie de ces non-créations en auto-entrepreneur s’est peut-être reportée sur le régime d’entreprises individuelles qui a connu un essor de plus de 20% sur les 6 premiers mois de 2013 comparés à ceux de 2012, mais sans compenser la chute des auto-entrepreneurs (-19 000 versus + 10 000 entreprises individuelles).

Toutefois, malgré les difficultés, la volonté entrepreneuriale des Français est forte, et ne date pas de la création de ce statut, qui est venu l’accélérer et lui donner plus de facilité à se réaliser. Déjà, de 2000 à 2008 (et notamment depuis 2003), la croissance du nombre de créations était continue, aidée par une succession de lois et de simplifications administratives. Les Français, n’en déplaise peut-être à certains, ont envie d’entreprendre. Ils ont aussi parfaitement conscience qu’en ces temps de rigueur budgétaire publique, la création d’emplois (parfois le leur) passe par l’entreprise.

Bien sûr, toutes ces entreprises ne seront pas viables (d’ailleurs la culture de l’échec doit aussi se développer en France), bien sûr ces auto-entreprises sont parfois très modestes (apportant parfois davantage un complément de revenus qu’autre chose, et alors ?), bien sûr tout n’est pas parfait, bien sûr il ne faut pas créer de distorsions de concurrence, ni d’incitations artificielles pour créer par défaut, mais il est absolument vital de préserver, d’encourager, et de reconnaître l’esprit d’entreprendre. La grande majorité des porteurs de projets de création et des entrepreneurs le font par volonté d’indépendance, et animés par le goût d’entreprendre.

C’est une erreur politique, stratégique, économique et sociale que d’entraver l’entrepreneuriat et de ne pas contribuer à son développement et sa valorisation, qui présente plus de vertus que d’inconvénients. Loin du tapage médiatique des grandes entreprises, la très grande majorité des petites entreprises et des entrepreneurs font plus de bien que de bruit … mais depuis quelques temps la fronde monte, via les réseaux sociaux, manifestes et témoignages, pour revendiquer ce droit au développement et à l’initiative, mais aussi pour rappeler l’élémentaire évidence de l’intérêt général de l’entrepreneuriat, et faire connaître un très sérieux sentiment d’injustice et d’incompréhension. Qu’il est compliqué de faire la pédagogie de l’évidence ! 

On gagne tous à entreprendre !

autre article: synthèse S1 2013

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