Un gouvernement de série B

girouette

Davantage qu’un problème de stratégie, de tactique, ou de mise en œuvre, les problèmes de communication de l’exécutif et du gouvernement sont d’abord à chercher du côté de leurs représentants.

Tout le monde se répand en analyses et commentaires sur les problèmes de communication de François Hollande, et du gouvernement en général, jugeant ici les couacs et les maladresses, là les inimitiés ou les désaccords de convictions. Tout le monde fait semblant de ne pas voir qu’au-delà du scénario et des mises en scène, le problème principal est tout simplement à chercher du côté des acteurs. Comme si « la communication » était un théorème mathématique qu’il suffirait d’appliquer pour résoudre automatiquement tout déficit de confiance, de séduction et d’attractivité.

Le problème de communication de François Hollande, c’est François Hollande, tout simplement.

Cela fonctionnera mieux lorsqu’il sera lui-même meilleur, moins crispé, pensant moins obsessionnellement à l’image qu’il aurait le devoir de renvoyer, moins empêtré dans son nouveau costume présidentiel ou dans son pseudo mimétisme mitterrandien. D’ailleurs, même Nicolas Sarkozy, souvent présenté comme un « pro » de la communication, a mis quelque temps à « incarner » sa dimension de chef d’Etat, et a lui-même commis un certain nombre d’erreurs de communication.

Cette part du charisme personnel est d’autant plus importante, et même essentielle, que la conjoncture rend les marges de manœuvre plus étroites encore et les idées neuves rares. Si certains grands acteurs réussissent à être « présents » à l’écran, même en silence, il est inversement vrai que le meilleur scénario du monde ne fera jamais un grand acteur, tout comme une bonne publicité ne réussira jamais à vendre durablement un mauvais produit. La bonne communication politique peut optimiser, bonifier, aider à sensibiliser, interpeller, elle peut être habile, tactique, elle peut aider à faire passer les messages (tant que la répétition chorale ne démasque pas la grille desdits messages), mais il ne faut pas confondre la communication des idées et celle des personnes, pour laquelle le produit, c’est l’homme. Dès lors, l’important, c’est la sincérité et l’authenticité. Si du « coaching » peut être fait pour améliorer les choses, il faut également surtout que la communication s’adapte et s’inscrive en cohérence avec le tempérament et la personnalité de celui ou celle qu’elle doit servir, sans forcer sa nature ou son style. Pour un président « nature », authentique et spontané, davantage que « normal ».

Personne d’autre ne sera sur scène comme Steve Jobs, ou ne caressera le cul des vaches comme Jacques Chirac, à chacun son style et sa nature.

Le jeu politique est à ce point difficile qu’il exige à la fois de la présence, des idées et un scénario, et dans cet ordre. Pour l’instant force est de reconnaître qu’aucune de ces trois composantes n’est présente, et encore moins la quatrième, ce truc en plus de metteur en scène qui rend tout cela harmonieux, crédible et séduisant. Pour l’instant, le jeu des acteurs n’est pas convaincant, les dialogues mauvais lorsqu’ils ne sont pas tout simplement improvisés par prétention ou souci de ne pas accepter d’être dirigés par le réalisateur, les décors déjà vus, l’histoire quant à elle manque de suspense et semble s’écrire en temps réel en même temps que le tournage. Malheureusement, comme pour un film, une série, un livre, ou même une rencontre, les premières minutes, pages et épisodes sont essentiels, difficile de conquérir des fans en saison 3 lorsque le manque d’état de grâce à déjà montré la faiblesse des entrées en première semaine. Difficile également de séduire son audience en critiquant la programmation voisine, cet argument de campagne devient une excuse inaudible en mandat.

Alors la seule communication gesticulante, programmée, décryptée en temps réel par des audiences averties et expertes, ne fonctionne évidemment plus, à tel point qu’aujourd’hui, dire « c’est de la com » est devenu synonyme de mensonge, de manipulation ou d’écume.

Le premier média en communication, c’est vous, et la première règle, c’est de ne pas donner l’impression qu’on en fait.

 

 

 

 

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