Je m’oppose donc je suis

Il paraît que l’opposition va avoir un nouveau leader parce que l’UMP va élire son Président dimanche. Rien n’est moins sûr. En fait l’opposition est déjà ailleurs car elle est déjà partout.

Aujourd’hui, l’exercice de l’opposition n’est plus limité à la cour de récréation des partis politiques, représentants du peuple et s’exprimant en son nom. Surtout lorsque la crise demeure, lorsque les solutions nouvelles peinent à émerger et à faire démonstration, lorsque l’opposition politique revendiquée sort elle-même de l’exercice du pouvoir. Alors l’opposition s’élargit, elle devient polymorphe, omniprésente, multi vectorielle.

Personne n’a le monopole de l’opposition, ni l’UMP ni un autre. L’opposition aujourd’hui est celle de l’opinion qui s’exprime de façon critique dans les sondages d’opinion(auxquels sont très attentifs en coulisses ceux qui en minorent l’importance en public), celle de la presse qui affiche, et même revendique, son libre arbitre (sans doute aussi parce que la critique est plus vendeuse et plus « noble » que l’acquiescement), celle des associations comme Greenpeace qui boycotte les débats sur l’énergie sous prétexte que le jury d’experts est piloté par Anne Lauvergeon, celle des entrepreneurs qui se forment, plus ou moins spontanément, en escadrille pigeonnesque le temps d’influencer un projet de loi de finances, celle de blogueurs et twitteurs qui entretiennent du « gouvernement bashing » en permanence et du « ministre bashing » à la première occasion, celle d’un Hugo Desnoyer, boucher, qui jette un os dans la mare de l’emploi, expliquant à quel point il est difficile de recruter, celle finalement de chacun d’entre nous, devenus transistors émetteurs-récepteurs du jeu démocratique, tantôt journaliste, tantôt humoriste, tantôt expert, qui a des avis sur tout… et surtout des avis bien sûrs comme disait vous savez qui.

Le jeu s’est ouvert pour une bonne raison également, celle du brainstorming participatif général. Face à l’impasse des solutions politico-économiques, face au déficit de crédibilité et d’autorité des élites dirigeantes et pensantes (plus souvent bien pensantes que pensantes), parce qu’à défaut d’un développement durable nous sommes en récession durable, chacun est amené à proposer, à suggérer, à se sentir légitime à le faire, car peut-être pas plus bête. Nous sommes tous premiers ministres.

Là où nous pouvons voir anarchie, nous pouvons aussi voir créativité débridée et volontaire. Le peuple représenté saisit lui-même le mégaphone. Devenu lui-même média il est son porte-voix. Mais ce résultat est aussi conjoncturel : chacun, à force de prendre conscience de sa responsabilité individuelle, de son être-partie prenante, comprend, à force de pédagogie reçue, que s’il est lui-même une partie du problème, il est aussi peut-être une partie de la solution. Cela passe parfois par la prétention d’« avoir » la solution, mais de plus en plus par l’idée d’« être » la solution, que la solution c’est moi. Avec pourtant toujours cette attente schizophrénique, donc douloureuse, qui consiste, encore, à s’en remettre à l’autre, à attendre de l’autre, de l’autorité, qu’elle gère les problèmes, tout en étant persuadé qu’elle n’y suffira pas.

Le temps de la crise est donc peut-être un ennemi contre-intuitif du politique, qui l’entraine dans un cercle vicieux : la crise auto-persuade le politique qu’il doit en faire plus encore, ce temps le pousse à se croire encore plus indispensable, lorsqu’au contraire la crise – les crises – devrait inciter le politique à se concentrer sur ses responsabilités régaliennes, disons son cœur de métier, et à se délaisser le plus possible du reste. 

Plus la crise s’intensifie et se complexifie, plus le politique doit faire l’effort de réduire son poids et sa présence. Finalement « le courage » politique ne serait pas de prendre telle ou telle décision, mais de se rendre moins indispensable. L’objectif alors n’est pas de faire, de légiférer, ou de taxer pour exister, mais de manager, d’exhorter les uns et les autres à prendre leur part, tout en laissant la place et l’espace pour le faire.

l’édito du mardi sur atlantico

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