Barack Obama résiste à la crise

Si Nicolas Sarkozy s’est beaucoup « vendu » comme un excellent gestionnaire de crise, Barack Obama se projette toujours et encore dans la sortie de crise, dans le projet, il continue à dire « en avant » comme un appel à se lever, à faire face.

Barack Obama réélu (je l’avais écrit avant, ceci est une mise à jour), est « the only one » à avoir réussi à traverser la crise économique qui a également été une tornade politique, balayant sur son passage la plupart des gouvernements installés, échouant à la réélection soit de leur leader soit de leur parti. Ce fut bien sûr le cas de Nicolas Sarkozy en mai 2012 en France, mais aussi de José Luis Zapatero en Espagne en novembre 2011 qui laissait la place à Mariano Rajoy, de Mario Monti qui prenait la suite de Silvio Berlusconi en Italie en novembre également, de David Cameron qui succédait à Gordon Brown en mai 2012 à Londres. En Allemagne Angela Merkel a quant à elle été réélue, de justesse, mais surtout cela remonte à plus de deux ans, en octobre 2009.

La séquence politique mondiale depuis la crise démontre à quel point il est difficile pour l’opinion publique des grandes démocraties mondiales de rester fidèle et convaincue. Mais, davantage qu’infidèles, les électeurs sont sans doute volatiles parce que désabusés, ayant du mal à percevoir la capacité des élites dirigeantes à changer le cours des choses, à agir différemment pour proposer un autrement. En effet, cette séquence démontre également, qu’inversement, l’offre politique a bien du mal à se renouveler de façon crédible et attractive, pour affronter une conjonction unique,extraordinairement mêlée et complexe de difficultés et de crises (sociale, financière, économique, écologique, énergétique, géopolitique, …).

Dès lors, le politique n’échappe pas au zapping, surtout lorsque les temps sont difficiles et quand les résultats sont attendus à court terme. On tourne alors en rond, on revient à des recettes de mai 81 ou de l’année dernière (baisse des charges patronales, augmentation de la TVA), on tente des alternances politiques qui sont en fait des recommencements, peu innovants face pourtant à une conjoncture toujours plus challengeante et dont on perçoit inconsciemment qu’elle nécessite de nouvelles approches. Nous sommes dans la situation de quelqu’un qui cherche désespérément ses clés, au comble de son état de stress et d’énervement, retournant voir un nombre incalculable de fois les même poches et les mêmes tiroirs, espérant cette fois-ci qu’elles y seront revenues miraculeusement tout en sachant que ce ne sera pas le cas.

Nous nous en remettons à la politique parce que notre modèle est ainsi organisé pour être dirigé, tout en ayant de plus en plus de mal à y croire, et donc déçu dès les premières pages d’un livre qu’on ne veut même pas lire.

C’est en partie pour cela que les nouveaux gouvernements, quels qu’ils soient, ne bénéficieront plus d’état de grâce. C’est pour cela aussi, comme vous l’aurez remarqué, que nous nous en remettons de plus en plus depuis plusieurs mois à exhorter la « confiance », ou comme hier à appeler de nos vœux un « choc de confiance ». Mais la confiance ne se décrète pas davantage que la croissance. D’ailleurs il n’y a pas de meilleur moyen pour se méfier de quelqu’un que de l’entendre vous dire « faites-moi confiance » ! (pour les cinéphiles, fameuse réplique finale de Louis de Funès à Bourvil dans « le corniaud »).

Et pourtant … nous avons encore et toujours, peut-être même plus que jamais, besoin de rêve, de projets, d’ambition, d’entrainement, de leaders. Nous avons encore besoin de rêver comme Martin Luther King. Son rêve l’a sans doute tué, mais il a aussi déplacé des montages, et, à l’entendre, nous fait encore vibrer aujourd’hui. Mais les rêves doivent désormais être pragmatiques, rationnels, « prouvés ». 

Nous sommes condamnés à faire des rêves éveillés.

Paradoxalement, le politique qui permettra de recréer de l’envie et de l’enthousiasme doit être rationnel et pragmatique. Et lorsque les projets peinent à se renouveler, ce sont leur leader qui doivent les incarner et les porter. Il restera toujours l’humain. Barack Obama gagnera sa réélection grâce à lui, comme sans doute Nicolas Sarkozy a perdu la sienne à cause de lui.

Avec une autre différence importante : si Nicolas Sarkozy s’est beaucoup « vendu » comme un excellent gestionnaire de la crise, Barack Obama se projette toujours et encore dans la sortie de crise, dans le projet, il continue à dire « en avant » comme un appel à le suivre mais aussi à se lever, à faire face. (forward, son slogan de campagne est excellent, cf édito du mardi 30 avril 2012) Il se place dans la perspective lorsque nous avons trop tendance en France ou en Europe à nous placer « dans » la crise, dans l’instant, en réaction, dans le sauvetage de la zone euro, dans la préservation de notre « modèle social », dans la lutte contre les plans de licenciements beaucoup plus que dans la construction et la conception du modèle d’après.

Nous aimons les urgentistes et les pompiers, ils sauvent et soulagent, mais les pompiers ne sont pas des bâtisseurs. Nous avons besoin de bâtisseurs, de grands projets davantage que de petites phrases, de futur davantage que de présent … mais pas trop loin le futur s’il vous plait !

 

_____

Première édition: novembre 2012 / edito #88 sur atlantico

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s