Quand l’usine du monde se rebiffe …

Vendredi 5 octobre, des milliers de salariés se sont mis en grève dans une usine du groupe taïwanais Foxconn en Chine qui fabrique des composants pour l’iPhone 5 d’Apple. Ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle, ni pour l’ouvrier chinois, ni pour nous, en France…

Ce qui se passe chez Foxconn n’est pas un phénomène marginal, mais, peut-être, un signe avant coureur, un signal, que certains dans les études de tendance qualifieraient de « faible », quand d’autres adages populaires pourraient aussi dire que c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Quoi qu’il en soit, Foxconn ou pas, hiver chinois ou pas, les ouvriers chinois, « nos » ouvriers car ils travaillent pour nous, accepteront de moins en moins leurs conditions de travail, surtout lorsqu’ils comprennent de plus en plus la richesse créée au bout de la chaine. D’autre part, la classe populaire des ouvriers paysans devient inexorablement une classe moyenne, qui petit à petit s’embourgeoise, rêve ou s’équipe déjà en consommateur occidental, communique et partage sur les réseaux sociaux, voit la ruée des consommateurs sur l’iPhone 5 et la capitalisation boursière d’Apple, se plaint de ses conditions de travail, se « syndicalise » comme on peut le faire en Chine populaire communiste. Mais le parti communiste chinois ne matera pas l’ouvrier de Foxconn comme il a maté l’étudiant de Tien an Men.

L’époque change, et les moyens de s’exprimer, pardon, de revendiquer aussi : Weibo, le twitter chinois, c’est 90% de parts de marchés, plus de 350 millions d’utilisateurs, et l’angoisse des dirigeants chinois, dirigeants politiques ou économiques. Le pouvoir chinois s’évertue à contrôler et censurer Internet et les réseaux sociaux, mais il est bien difficile et illusoire de tenter de retenir la marée. Par ailleurs, les réseaux sociaux sont certes de puissants vecteurs susceptibles de créer mobilisation et sentiment d’appartenance, mais ce n’est qu’un canal d’expression. Si le média peut être bâillonné, la « vraie vie », elle demeure. Ce n’est pas Weibo qui fera la révolution, mais ses utilisateurs. 

Le mouvement est en marche, c’est inexorable, et ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle, ni pour l’ouvrier chinois, ni pour nous : le syndicalisme, en Chine, pourrait faire du bien, en France. La mondialisation repose sur l’optimisation, l’optimisation des coûts de production. Plus les différentiels liés au coût du travail et à sa législation sont élevés plus la mondialisation est économiquement « raisonnable », ou disons mathématiquement logique. Plus le dumping salarial ou social se réduira, plus l’avantage « compétitif » se réduira. Dès lors, si la classe politique mondiale (ou même uniquement européenne) ou les accords commerciaux internationaux peinent à créer harmonisation et convergence positive (vers le haut), le marché, accusé par ailleurs de tous les maux,  pourrait bien, contre-intuitivement, y pousser. En recherchant le toujours moins cher (ce dont nous sommes, chacun d’entre nous, particulier ou professionnel, les premiers donneurs d’ordre), le marché crée les conditions du rehaussement de son coût de production. Bien sûr, les différentiels sont encore colossaux, ils existeront toujours, et il existera toujours « pire ailleurs », mais au fur et à mesure que la mondialisation fait le tour du monde, elle monte en étages, telle la spirale de la tour de Babel. Et comme parallèlement, cette ascension mondiale est aussi une course en avant au suréquipement que la planète ne peut pas nous offrir, c’est une montée aux enfers.

Les consommateurs occidentaux que nous sommes, qui revendiquent respect et décence des conditions de travail, qui aspirent à un bon équilibre vie privée-vie professionnelle, qui crient selon la formule « à bas les cadences infernales », s’émeuvent finalement assez peu du sort des travailleurs des mines de production de nos étincelants appareils high tech, mais « low social ».

Au début du siècle, Henry Ford avait comme grand principe économique que chaque ouvrier de la chaine de production puisse s’offrir la Fort T qu’il fabriquait lui-même. Ce principe reste valable, d’un bout à l’autre de la planète, chaque ouvrier revendique non seulement de pouvoir consommer, mais aussi de vivre et de travailler comme son « collègue consommateur ».

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