Casse-toi pauv’Une !

« Casse-toi riche con ! » lançait lundi Libération à Bernard Arnault, qui demande la nationalité belge. Ce mardi, le quotidien récidive en publiant en une « Bernard, si tu reviens, on annule tout ! ». Un coup médiatique révélateur d’une époque qui est à la radicalisation et aux retranchements partisans.

Il y a des unes qui font la une mais pas vraiment l’unanimité, même au sein de leur propre « camp », et qui pourraient même s’avérer contre-productives, si jamais elles avaient la moindre vocation à construire plutôt qu’à détruire d’ailleurs.

Faire une une est bien sûr tout un art, et un art nécessaire pour accrocher, interpeller, donner envie. Donner envie de lire, c’est bien légitime. Et dans nos vies pressées, zappeuses, papillonneuses, l’art du titre et de l’accroche est primordial. Pour claquer, interpeller, résumer mais pas trop, donner envie d’en savoir plus. Inciter sans racoler, provoquer sans insulter, là est la subtilité. Faire une une est tout un art, l’art aussi de ne pas franchir la ligne, ne pas dépasser les bornes, tout en considérant que, paraît-il, la liberté de la presse n’en a pas, de limites. C’est là qu’est l’os sans doute.

Un grand titre de presse comme Libération se tire-t-il une balle dans le pied par ce type de procédé ? Au-delà du « succès » éphémère de son « coup », dont certains visiblement se gargarisent, l’image, la qualité induite, la « réputation » en profitent sans doute inversement.

Mais ce titre est aussi révélateur d’une époque qui est à la radicalisation, aux retranchements partisans lorsqu’ils ne sont pas xénophobes. Lorsque les temps sont difficiles on se réfugie derrière ses barricades, on en appelle au soulèvement. L’autre, responsable de tous les maux, devient l’ennemi. La campagne présidentielle en avait donné le ton, nous sommes, conjoncture oblige, revenus dans une période intense de lutte des classes, de rejet, de guerre du feu, du feu fragile d’une croissance que l’on peine à raviver. Alors on condamne comme d’autres accusaient, on condamne parés de vertu, car l’époque est aussi aux leçons de morale et de vertu que nous nous donnons les uns aux autres en permanence. Nous sommes tous responsables, mais surtout l’autre.

Et comme nous vivons dans des sociétés dites civilisées, où « respect » et « responsable » sont les nouveaux mots d’ordre omniprésents, qui encombrent les bouches comme les billes encombrent les joues des exercices de diction, on ne lynche plus en place publique mais en médias publics. L’époque n’est plus à la guillotine mais au « bashing », tout le monde y passe, même Montfort (surtout Montfort ?). En d’autres temps et d’autres lieux Monsieur Arnault aurait sans doute été cloué au pilori ou englué de goudron et de plumes.

Bien sûr, ce n’est pas si nouveau, dans son hommage à Pierre Bérégovoy, François Mitterrand évoquait ceux qui ont « livré aux chiens l’honneur d’un homme ». Mais voilà, en 2012, la presse plus que jamais cherche lecteurs, constamment et désespérément, et cela change tout. Les abonnés sont moins nombreux, la course est celle de la vente au numéro, la une est alors recruteuse, et donc parfois racoleuse. Cela fonctionne pour certains, lorsqu’elle n’est pas repoussante pour d’autres, estimant justement que la presse, parfois, y perd son âme, son crédit, ou plus simplement son intérêt.

En 2012, tous gagnés par la Twitter attitude, nous devons aussi sans doute nous méfier du « Twitter effect » qui consiste à tout résumer, si possible de façon humoristique, idéalement caustique. Twitter nous fait revenir du temps de « Ridicule » (le film), on cherche le bon mot, le mot qui fait rire parfois, qui assassine aussi.

Mais si un tweet peut (malheureusement) faire la une, une une n’est pas un tweet.

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