Jeux Olympiques, championnat du monde du chauvinisme

Dans quelques jours démarreront les Jeux Olympiques de Londres. Ils intéressent peu les Français qui ont visiblement acheté moins de places que prévu (à des prix exorbitants, il faut le reconnaître). Enfin, on n’en parle peu ici, mais beaucoup à Londres, tout en étant persuadé que le monde entier en parle, les regarde, les attend, est au courant des moindres détails des préparatifs et impressionné par tant de prouesses et de sens de l’organisation. C’est fou cette tendance que nous avons à toujours être persuadé que le monde entier regarde ce que nous faisons par dessus notre épaule et s’en passionne.

Dans quelques jours donc nous découvrirons nos premiers médaillés, enfin il faut l’espérer. Nous aurons droit à notre annonce quotidienne du très surveillé compteur de médailles du jour. « Deux médailles d’argent aujourd’hui, toujours pas d’or »; « et non, pas de podium aujourd’hui, mais une formidable quatrième place pour … ».

Cette litanie des médailles nous tiendra en haleine bien sur, et nous remplira de fierté collective, nécessaire par ailleurs, alors tant mieux. La fierté de montrer au monde (celui qui nous regarde par dessus l’épaule) notre talent, nos héros, nos destins exceptionnels. Et pendant que nous exhiberons nos champions en vitrine au monde, convaincus de l’admiration planétaire qu’ils susciteront … chaque autre pays tiendra son propre compteur, parlera de ses champions, s’enthousiasmera pour sa médaille de bronze sans citer le champion olympique, convaincu que nous serons béats d’admiration pour leurs athlètes comme nous sommes persuadés que ces autres pays le seront pour les nôtres. Mais chacun ne regarde que son compteur.

Dans cette galerie commerciale de chauvinisme et de vantardise, chaque nation ne regarde que sa vitrine. Et cette vitrine changera tous les jours, comme une mise à jour de nos champions tant exceptionnels que médiatiquement éphémères, traités dans l’écume de l’information, comme le reste, tout champions qu’ils sont. On nous rappellera notre meilleure performance olympique, comme un seuil à battre, un record à faire tomber. Nous courrons après comme on court après le compteur téléthon, à la différence près que si tout le monde ne peut pas être champion olympique tout le monde peut faire un don.

L’essentiel n’est plus de participer bien sur, mais bien de gagner, de dominer, de prouver sa suprématie. Les compétitions sportives, de tous temps, sont aussi des compétitions politiques, économiques, diplomatiques. On se souvient bien sûr de la grande époque de la guerre froide olympique entre les Etats-Unis et l’URSS. Et, plus légèrement, on s’amusait à pronostiquer il y a quelques jours que la Grèce l’emporterait sur l’Allemagne en quart de finale de l’euro, juste pour le plaisir du bon titre du lendemain « la Grèce sort l’Allemagne de l’euro ».

La quête du Graal olympique est une compétition sportive certes, c’est aussi une exposition universelle, une formidable course à l’audience mondiale, pour les athlètes, les sponsors bien sur, le pays organisateur, et chacune des nations derrière l’étendard de leurs champions.
Chacun cherche la lumière, le monde est nombriliste, tant au niveau des nations que des individus. Et sans doute plus nombriliste qu’individualiste, on confond souvent les deux. Nous avons sans doute davantage tendance à nous prendre pour le centre du monde, à vouloir intéresser le monde plutôt que de nous intéresser au monde. Jamais comme aujourd’hui, nous n’avons eu autant de moyens de l’écouter ce monde, mais aussi de nous exprimer, pardon de nous exposer. Nous sommes hyper-connectés et nous croyons être interconnectés. Interconnecté pour s’exposer davantage que pour écouter et regarder. Alors l’autre nous intéresse bien sûr… comme une audience, comme un « friend », comme un « follower », comme un commentaire, comme une source de commentaire.
Chacun voit midi à sa porte, il doit y avoir beaucoup de portes, parce que le soleil, le monde, il n’y en a qu’un, mais il est à géométrie variable, et le reflet de ce que l’on veut bien, comme les ombres de Platon. Une discussion récente avec un ami nous faisait disserter sur l’importance de notre région à l’époque romaine. Nous en sommes arrivés au poids de la France, évaluée démographiquement (pour autant que possible) à environ 10 millions d’âmes à l’époque du Christ, du début de l’empire romain. La population mondiale de l’époque était elle évaluée, environ et pour disposer d’un moyen mnémotechnique, à la population française actuelle, 65 millions. Un habitant de la planète sur sept était donc « français » à l’époque romaine, 1 sur 100 aujourd’hui. La population mondiale a été multipliée par 100, celle de la France par sept. Nous avons raison de nous enorgueillir de notre vitalité démographique, mais comme le disait sûrement Einstein, « tout est relatif ».
C’est fou ce que l’on peut avoir tendance à se prendre pour le centre du monde … surtout lorsque l’on ramène le mode à soi ! Nombriliste, définitivement.

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