Eva Joly est-elle vraiment candidate ?

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Les négociations entre le PS et EELV autour du nucléaire sont agaçantes. Lorsqu’on a des convictions, on ne les négocie pas, on les défend, on argumente, on bâtit son propre socle électoral, on n’est pas en marge.

Il y a des petites choses comme ça qui se passent sous notre nez et qui n’émeuvent personne. Nous sommes à 5 mois de l’élection présidentielle, à 7 mois des législatives, et depuis plusieurs jours, tranquillement, aux micros, aux tribunes, Parti socialiste et Europe Ecologie-Les Verts négocient des postes au gouvernement et des sièges de députés. Et tout ça dans l’indifférence totale, en toute impunité, alors que c’est proprement et incroyablement choquant.

Eva Joly explique, en lançant des ultimatums au PS, qu’il n’y aura pas d’accord gouvernemental si le désaccord sur le nucléaire persiste. François Hollande explique quant à lui, bousculé dans son costume de grand rassembleur mais sans être vraiment inquiété par le poids électoral actuellement estimé des Verts, que « accord de gouvernement et accord électoral sur les circonscriptions sont liés ». Le PS et les Verts discuteraient donc de se céder mutuellement des circonscriptions, en langage plus clair, de se laisser la place ici ou là. Mais de quoi parlent-ils ? Quelqu’un a-t-il déjà gagné ? Céder des circonscriptions ? … Mais qui a des circonscriptions avant le scrutin ? Qui confisque le choix électoral ?

Que dirions-nous si des grandes surfaces se partageaient des zones de chalandise pour bénéficier de territoires d’exclusivité, Orange cèderait telle ville à SFR qui lui laisserait telle autre selon ce qui arrangerait Bouygues Telecom … ? Que fait l’autorité de la concurrence sur l’application du libre jeu démocratique quand elle est si prompte à dénoncer, et c’est bien normal, les ententes commerciales. Le sujet n’est ici pas si différent.

Mais surtout,  que fait Europe Ecologie-Les Verts, et sa candidate Eva Joly ? Nous sommes dans le temps de la campagne électorale. Dès lors qu’un candidat, en situation donc de compétiteur, négocie l’après match, non seulement il choque l’opinion qui a horreur de ces petits arrangements politiques, mais surtout il se décrédibilise. Lorsqu’on est candidat, on l’est entièrement, jusqu’au bout, on court dans son couloir.

Alors, les Verts, si l’écologie est au centre de votre projet politique, si même c’est une chance, comme je le crois, alors défendez vos idées, assumez vos convictions, allez-y vraiment, ne vous inféodalisez pas au Parti socialiste. Lorsqu’on a des convictions, on ne les négocie pas, on les défend, on argumente, on bâtit son propre socle électoral, on n’est pas en marge. Cessez d’être à la remorque du Parti socialiste, ou plus exactement à ses pieds. Etre contre le nucléaire est un point de vue qui n’est pas interdit, mais nous vivons des époques où être contre ne suffit pas, où il faut surtout être « pour », pour quelque chose, pour des alternatives, pour d’autres solutions. Se révolter, s’indigner, critiquer, pourquoi pas, mais proposer, innover, révéler d’autres possibles, c’est tellement mieux, mais tellement plus difficile.

Ce qui fera progresser l’environnement, ce n’est pas le socialisme, c’est une économie de marché revisitée, ce sont des solutions énergétiques nouvelles, c’est la recherche et développement, c’est un poids diplomatique et économique dans les négociations internationales, c’est sortir du nucléaire, pourquoi pas, sans recourir massivement aux centrales charbon et gaz lors des pics de consommation, sans créer d’inflation énergétique intensifiant la précarité énergétique déjà rampante de nombreux ménages, etc.

Pourquoi l’écologie serait-elle forcément de gauche ? Comme l’aurait dit qui vous savez la gauche n’a pas le monopole de l’écologie … mais l’écologie se laisse monopoliser par la gauche. Par son attitude, EELV se positionne comme la cellule écologique du Parti socialiste. EELV n’est pas un parti politique. De deux choses l’une, soit EELV est une composante du Parti socialiste et dans ce cas, et bien qu’ils y entrent et qu’ils fassent de l’écologie une composante structurelle de l’offre de gauche et non quelque chose en plus, à côté, optionnel. Soit EELV est une offre politique, un parti à part entière, qui définit une gouvernance à l’aune de l’écologie, où l’écologie n’est pas le dernier point de l’ordre du jour, mais EST l’ordre du jour.

Eva Joly n’est pas candidate à la présidentielle, elle discute, négocie, avec d’éventuels futurs gouvernants. En choisissant de ne pas choisir, d’être à la fois dans la confrontation et dans la négociation, on en arrive à ces petits accords d’avant match, qui biaisent l’offre démocratique, en niant à la fois ses idées et l’électorat. Eva Joly devrait être la mieux placée pour savoir que ces deals d’avant match à la façon OM-VA sont condamnables !

A force d’être à la remorque, les Verts sont politiquement à la ramasse. Un virage a sans doute été raté après les européennes, pour faire de ce parti une grande offre politique, constructive mais indépendante. Et ce coup de gueule est aussi un cri du coeur, à entendre comme on parle à des amis, enfin, à des convictions amies, et partagées bien au delà des partisans d’Eva Joly, c’est tellement évident !

D’ailleurs, même le nom du mouvement n’a pas été tranché. Rassembler, c’est bien, décider, c’est mieux. D’ailleurs, comme le disait évidemment Pierre Mendès France, illustre figure de gauche s’il en est, « gouverner, c’est choisir ». Et lorsque vous relisez ce discours du 3 juin 1953 dont est issu cette fameuse formule, vous constaterez qu’il parle aussi beauoup de « rigueur » (en français dans le texte), une rigueur « dont la jeunesse sera reconnaissante »… Comme quoi, ces mots là, l’écologie, la rigueur, n’ont pas vocation à avoir de couleur partisane.

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